Au départ, il y a des normes, des codes, des règles et toutes ces choses qui nous permettent de tricoter un ensemble de relations sociales qui tentent tant bien que mal de faire société.
A l’intérieur de celles-ci, un écart, une déviance, un trouble, un désordre, une difficulté.
Qu’elle soit éducative, relationnelle, lié au couple parental ou au couple affectif, physique ou culturel, l’aggravation de cette difficulté et son repérage entraîne une rupture dans le déroulement « normale » de la vie par l’irruption de la protection de l’enfance dans la relation entre l’enfant et ses parents.
Lorsque légitimé par le devoir de protection d’un mineur, l’évaluation d’une dégradation de la situation conduit à un placement, ce dernier initie la longue série des ruptures qui jalonneront la vie du futur adulte qui tentera alors, à son tour, tant bien que mal, de faire … société.
Lors de cette première rupture il est présenté à l’enfant son référent. Enfin un de ses référents. Normalement c’est celui du l’ASE (aide sociale à l’enfance), son éducateur au se(r)vice d’Aide Sociale à l’Enfance.
Celui-ci le présentera à son éducateur référent dans le foyer il ou va désormais devoir vivre … tant bien que mal.
En règles, malheureusement générales, les difficultés persistantes et tenaces se renforçant avec l’age …l’enfant, puis l’ados, reste confié à une institution.
Les choses, déjà bien lourdes, pourraient en rester là si les « institutions » et les « dispositifs » fonctionnaient correctement. Ce n’est pas le cas.
La seconde rupture qui ressemblera après à beaucoup d’autre intervient lorsque à la multiplicité des passages à l’acte qui transgresse les normes, les codes et règles en vigueur, le foyer demande la ré-orientation du jeune.
La caricature hélas trop souvent rencontré, doit signaler qu’au cours de ce premier « passage » de l’enfant « pas sage » dans son foyer, son éducateur « référent » aura sans doute déjà plusieurs fois changé …
Il faut à ce stade s’arrêter un instant sur la notion de « référent ». Celui auquel on se réfere, celui auquel on fait référence, auquel on se rapporte. Il y a dans ce terme autant de lien que d’autorité, autant de confiance que d’empathie. Autant de chose qui permettent que se créer une relation éducative, c'est-à-dire structurante.
Accorder vous votre confiance au point d’abandonner votre lieu de vie, votre présent autant que votre avenir au premier inconnu que l’on vous présente ?
Pourquoi les bébés, les enfants ou les ados devraient ils le faire ?
Avez-vous observé le temps qu’il faut à la plupart des nourrissons de quelques mois pour accepter les bras d’un inconnu ?
Le temps, ce temps pour apprendre à connaître, à se connaître et à se reconnaître est fondamental. Sa durée est fondatrice. Intrinsèquement structurante parce que source de continuité, de stabilité, de cohérence et in finé de sécurité.
On pourras toujours être nommé "référent" par un papier sortie d’une imprimante, la volonté d’une hiérarchie ou la nécessité d’un fonctionnement, on ne pourras jamais que le devenir dans la vie d’un jeune.
Pour l’éducateur référent de l’ASE, la responsabilité est plus lourde encore.
Il est le garant de la continuité que les Conseil Généraux auxquels la loi confie l’enfant se doivent de lui donner. Il est la seule personne que l’enfant connaisse entre chaque foyer. Avec l’inspecteur ASE qui reste plus lointain et lui-même malheureusement parfois dernier garant, il est le seul à le connaitre, à connaitre son histoire et ses ruptures, à être capable de faire les liens pour tenter de donner un sens à son histoire. Parce qu’il en est dépositaire.
Reprenons l’histoire de notre enfant pas sage lorsqu’ « il à mis en échec » le projet qui lui avait été construit.
Géniale expression pour rejeter la responsabilité de « l’échec du placement » sur l’enfant pour que cet échec ne vienne surtout pas questionner la responsabilité de l’institution. Alors que par la répétition de ces aveux d’impuissance, l’Institution apprend à l’enfant de manière performative et au delà de la rupture : la renonciation, la mésestime et la méfiance, l’impossibilité de se projeter positivement dans l’avenir, la culture de l’échec.
Le foyer étant arrivé « au terme de ce qu’il pouvait apporter » au jeune, il se tourne vers son référent ASE, charge a ce dernier de poursuivre le projet commencé là. Ce projet que l’idéal de la loi à voulu « pour l’enfant » avait donc été « construit » sur mesure afin que - dans l’ordre qui suit - le « projet de l’établissement » soit adapté au « projet pour l’enfant » .
Il convient donc de « re-construire » un nouveau projet adaptable à un nouvel établissement …
Reformulons correctement : notre enfant pas sage devra outre ses difficultés qui poursuivent leurs propres agissements indifférentes aux agitations des travailleurs sociaux, devras donc surmonter celle-ci pour s’adapter, lui, à une nouvel structure. Se sentir bien dans sa nouvelle chambre, même s’il à moins de chance que dans le foyer précédent où il était tout seul et bien vouloir respecter le « contrat », s’investir dans son avenir loin de ses actuelles occupations…
Combien de temps la durée doit elle perdurer pour apprendre d’une vie de quoi l’accompagner un certain temps ? Comment fabrique t’on de la durée quand le temps manque ? Comment donne t’on du temps au temps lorsque le temps presse, que l’échéance du placement arrive, que le projet prévu échoue comme un imprévue de dernière minute ? Comment fabrique t’on de la confiance là où la violence d’une solution bricolée fait basculer dans l’inconnu ?
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Petite ré édition
ré-actualisée du billet de 2008 tant il me semble que pas grand chose n'a changé depuis ....